L'utilisation d'un jeu de sécurité consiste à s'assurer contre une distribution ou un placement défavorable de la couleur considérée, chez les adversaires.
 
 
Commencons par les assurances "tous risques" :
 
R D 10 9
   Nord
 
    Sud
A x x x x
 
Il vous manque quatre cartes dont le Valet : pour être certain de réaliser toutes les levées, il faut se prémunir contre la distribution adverse 4-0 ou 0-4.
Jouez donc un gros honneur de la main qui en détient au moins deux (ici, Nord). Si l'un des adversaires n'en fournit pas, la fourchette subsiste pour coincer ce Valet devenu troisième.
Par exemple ici, si c'est Est qui détenait les quatre cartes, jouez la Dame à la deuxième levée puis le 10 : Est est coincé.
 
Le plus fréquent des jeux de sécurité, c'est quand, après avoir compté les levées nécessaires pour réussir votre contrat, vous constatez que vous pouvez perdre une levée dans une couleur, mais pas deux.
Un partage favorable chez les adversaires vous permettrait de faire toutes les levées dans la couleur, mais là n'est pas votre objectif car, en essayant de les faire toutes, vous pourriez en perdre deux sur un partage défavorable. Vous vous diriez alors : ce n'est pas de ma faute, c'est de la faute à pas de chance.
Et là, vous auriez tort, car jouer la sécurité, c'est souvent concéder une levée à l'adversaire tout en garantissant de faire toutes les autres, dans cette couleur.
 
Voici un exemple facile
 
                    V x x                                                  V x x
                    Nord                                                   Nord
D 10 9 x                    x                               D 10                9 x x
                    Sud                                                     Sud
                A R x x x                                            A R x x x
 
Ayant le droit de perdre une levée dans cette couleur, jouez l'As puis petit vers le Valet.
Dans les deux exemples ci-dessus, vous perdez une levée, une seule.
Si vous aviez tiré As et Roi en tête, bien sûr que dans l'exemple de droite, vous n'auriez perdu aucune levée...
Mais dans celui de gauche, vous en auriez perdu deux.
Comme vous n'êtes pas devin ni fakir, appliquez le plan de sécurité : As puis petit vers le Valet !
Evidemment si votre plan de jeu passe obligatoirement par la réalisation des cinq levées dans cette couleur, vous devrez tirer As et Roi en tête quitte à perdre deux levées dans l'exemple de gauche, mais aucune dans celui de droite.
 
A la tête du contrat de 6 Trèfles, vous ne pouvez évidemment pas perdre deux levées à l'atout.
Voici vos mains dans cette couleur :
 
A D 8 3 2
   Nord
 
    Sud
 V 7 6 4
 
Il faut ici réfléchir à la façon de jouer dans le cas d'une distribution des cartes restantes (R 10 9 5) 4-0.
Si c'est Est qui détient les quatre atouts, vous pouvez toujours danser sur votre tête, car il y fera toujours deux levées.
Par contre, si les quatre cartes sont en Ouest, il y a de l'espoir.
Vous ne connaissez bien sûr pas, à ce stade, la distribution des cartes chez vos adversaires.
Je vous passe les détails : il faut partir du Valet ! Ouest couvre du Roi. On surprend de l'As et on découvre la chicane d'Est.
Facile alors : revenir en Sud et faire les impasses, Ouest ne réalisera qu'une seule levée d'atout.
 
Pour la petite histoire, cette donne fut jouée lors d'un championnat d'Europe.
Les spectateurs pouvaient suivre la retransmission sur BridgeRama.
 
                  A D 8 3 2
                    Nord                                                  
   R                                  10 9 5
                    Sud                                                    
                 V 7 6 4
 
Le déclarant connaissait bien sûr le maniement de sécurité et parti du Valet de Sud.
Couvert, il surprit de l'As.
A présent, Est fit ensuite une levée.
Contrat réussi, mais si le déclarant avait tiré l'As en tête, ou petit vers As-Dame, il aurait plus treize levées.
Les nombreux spectacteurs rirent de cette façon de jouer, facile quand on voit les quatre mains, n'est-ce-pas ?
Ce qui veut d'ailleurs dire que ces kibbitzeurs n'avaient pas compris ce coup de sécurité !
 
PS : cet hebdobridge et d'autres consacrés aux maniements de couleur sont très largement inspirés de l'excellent livre (édition 1972 !) de Pierre Jaïs et Henri Lahana, "le jeu de la carte", un grand classique d'initiation et de perfectionnement au bridge moderne. Mille mercis à ces deux grands joueurs pour ce bouquin de plus de quatre cents pages, indispensable pour bien assimiler les maniements de couleur, surtout les raisonnements qui y mènent.