Au sortir de ma licence (aujourd'hui, faut dire "master") en mathématiques (appliquées), j'avais déménagé, avec tout le département des sciences maths et physique de Leuven pour le site de Louvain-la-Neuve (été 1972).

En tant qu'assistant dans le département d'Analyse Numérique, j'avais, je l'avoue, de nombreux "temps libres", surtout sur le temps de midi !
Et c'est ainsi que je fis la connaissance d'Anne, doctorante en physique (on travaillait dans le bâtiment du fameux Cyclotron), qui m'enseigna les rudiments du bridge de l'époque : José le Dentu, et son livre sur le bridge me conquirent directement.
Mais pour bridger, faut être au minimum quatre, n'est-ce pas !

Il y avait donc Anne, un assistant en physique, Jacques, et moi. Manquait plus que Camille, mathématiques "pures", imbattable aux cartes, c'est-à-dire à la Manille.
Il fallait le convaincre de devenir le quatrième.
Sournois comme nous étions, nous lui offrîmes pour son anniversaire, le livre de José le Dentu, "Bridge Facile", où Candide se fait enseigner par un maître de bridge, Prof.
C'était un vendredi et, le lundi matin, not' Camille nous interpella, durant le lunch dans la cantine du bâtiment : on commence quand ?
 
A partir de ce jour là, nous jouâmes, presque tous les jours - prenant notre repas de midi au pas de course - dans une des nombreuses salles d'exercices disponibles sur le temps de midi.
Anne m'avait convaincu de jouer le système d'enchères italien du "Trèfle Précision" (ouverture de 1 Trèfle, avec toute main de 16+HL ... et toutes ses conséquences !) : un système en avance sur son temps, puisqu'on jouait déjà alors les ouvertures majeures faibles au niveau de deux !²
J'avais appris le système des tournois en carré, ainsi on notait les donnes qu'on jouait et on les rejouait l'année d'après, Nord/Sud devenant Est/Ouest et vice-versa. Une informaticienne, Dominique, qui n'était pas intéressée par le bridge mais qui assistait à nos séances, prenait note des donnes pour pouvoir les rejouer l'année d'après. Dingue, non ?
 
Et je participais aussi avec Anne, à des tournois de "charité", ici ou là, à Bruxelles. Nous fondîmes aussi un club de bridge à Saint Gilles, qui n'y dura qu'une bonne année, agrémentée cependant d'un tournoi "marathon" d'une journée complète : que de bons souvenirs.

Un jour, Anne me proposa d'aller jouer dans le club de son père, avenue Georges Henri à Woluwe-Saint-Lambert, dans les locaux de l'Entraide.
C'était au milieu des années 70, il y a donc de cela un demi-siècle. Le club Saint Henri était alors florissant, avec une moyenne de quinze tables par tournoi (information reçue de Léon Ter-Ossepiantz) !
Je me vois encore, au Nième tour de ce tournoi, affronter avec elle son père et son partenaire de toujours.
C'est un souvenir tellement marquant, que je pourrais encore très exactement dire où était notre table !
Soudain, en pleine Nième donne, le partenaire en question de se lever, mettre son chapeau, et dire à son partenaire, le père donc de Anne : je m'en vais, t'es trop nul, plus jamais je ne jouerai avec toi. Ce qu'il fit, malheureusement...
 
 
Chers amis et amies bridgeurs et bridgeuses, est ce que vraiment cela vaut la peine de se chamailler à ce point pour ce qui n'est, finalement, qu'un sport cérébral ou l'on sait bien que parfois le partenaire fait des gaffes, tout en sachant, je l'espère pour vous, qu'on en fait tout autant !