Un jour que je parcourais la collection de livres de bridge disponibles dans un de mes magasins préférés, je suis tombé sur un bouquin de près de quatre cents pages dont le titre (je ne me souviens pas) indiquait qu'il s'agissait d'un ouvrage consacré au fameux Blackwood.

Quatre cents pages, rien qu'à ce sujet !
Il doit donc exister toute une collection de Blackwood, dont habituellement nous n'en connaissons que quelques-uns, et en pratiquons bien sûr un seul.
 

Le Blackwood "classique" consiste, sur l'enchère de 4 Sans-Atout à indiquer ses As de la façon suivante :

5♣ pour quatre ou zéro As
5 pour un As
5 pour deux As
5♠ pour trois As 

Le Blackwood "romain"  est plus "performant" :

5♣ pour trois ou zéro As (30)
5 pour quatre ou un As (41)
5 pour deux As

Pour la petite histoire, une de mes partenaires (en coupe Zweiffel) ne voulait pas le jouer, préférant le classique, se justifiant en disant qu'elle avait une fois été incapable de distinguer (en Blackwood romain) si la réponse de 5♣ de son partenaire indiquait s'il possédait trois ou aucun As ! Je veux bien croire qu'il doit exister des cas, sans doute rarissime ou une telle hésitation est possible (cas de distributions démentielles pouvant mener au chelem avec très peu de points d'honneur), mais ce n'est pas une raison pour en rester au "classique", tout de même !

Pour terminer voici le Blackwood "moderne" aux cinq clefs et à la Dame d'atout : on considére que les clefs sont les As et le Roi d'atout (si l'atout a été agréé). Voici un des nombreuses variantes de réponses :

 5♣    3-0 clefs
 5     4-1 clefs
 5     5-2 clefs sans la Dame d’atout
 5♠     5-2 clefs avec la Dame d’atout
 5SA  5-2 clefs et chicane utile
 6x     4-1 clefs et chicane dans la couleur x (x < atout sinon 6A(atout))

Si la réponse est 5♣ ou 5, on peut demander au partenaire la présence ou non de la Dame d'atout en nommant la couleur qui "colle" à cette réponse (mais pas 5 sur 5♦ : on nomme alors 5♠)

Le répondant enchérit :

 5A (atout) disponible         Pas la Dame d'atout
 5SA (5A pas disponible)    Pas la Dame d'atout

 Paliers (sauf atout)            Dame d'atout et Roi suivant 3-0, 1-2 (on omet le Roi d'atout, déjà répondu comme une clef)

Enfin, on peut interroger aux Rois (et pas à la Dame d'atout) en enchérissant 5SA (uniquement si les cinq clefs et la Dame d'atout sont dans la ligne) :

6♣   3-0 Rois
6♦   1 Roi
6   2 Rois

Un prochain hebdobridge sera consacré au  Blackwood d'exclusion...

Il y a de nombreuses mains où soit l'ouverture "livresque" pose un problème lors de la redemande, ou bien la réponse "livresque" du répondant pose également un problème lors de sa deuxième enchère.

 

C'est le cas lorsque, avec une distribution 6-5 dans deux couleurs voisines faibles dans une main minimum.

Exemples à l'ouverture :

 ♠ A D 7 6 4
 ♥ V 8 6 5 4 3
 ♦ -

 ♣ R D

Si vous ouvrez de 1 avec cette main, la probabilité de parler ultérieurement de vos Piques est très faible !
Ouvrez donc de 1♠ et si le partenaire de vous soutient pas, annoncez vos Coeurs (et répétez-les ultérieurement)

 ♠ A D V 6 4
 ♥ R D 9 8 7 2
 ♦ -

 ♣ 7 2

Ici par contre les couleurs sont belles : commencez classiquement en ouvrant de 1 et si le partenaire ne vous soutient pas, annoncez deux fois vos Piques.
Par exemple, si votre partenaire annonce 2 sur votre ouverture, vous pouvez faire une inversée à 2♠, malgré vos 12H, votre main ne présentant que quatre perdantes.
 

Exemples pour le répondant :

 ♠ D 2
 ♥ D V 7 4 2
 ♦ D 9 8 6 5 3

 ♣ -

Votre partenaire ayant ouvert de 1♣, répondez 1 plutôt que 1, vos couleurs sont laides et vous avez peu de points.
Si l'ouvreur insiste et dit 1♣, votre enchère de 2 confirmera vos cinq cartes à Coeur. Vous pourrez encore répéter vos Carreaux sur 2♠ ou 2SA de l'ouvreur.
 
 ♠ A 2
 ♥ D V 7 4 2
 ♦ R V 8 6 5 3

 ♣ -

Il n'y a ici aucune problème à répondre 1 sur l'ouverture de 1♣ de votre partenaire, la main étant suffisamment belle (vous avez une main d'ouverture !) pour vous permettre ensuite d'annoncer 2, puis 3, même si vous partenaire ne vous soutient pas.

Tous les bridgeurs connaissent cette convention, qui est une des premières que l'on apprend quand on débute au bridge.
Elle date de 1950 et est dûe à Georges Rapee, dont le partenaire, Samuel Stayman, publia l'existence en 1956.

Pour rappel, après ouverture de 1SA (15-17H régulier ou semi-régulier sans majeure cinquième), le partenaire annonce 2♣, convention Stayman, permettant de trouver un fit 4-4 majeur.

Les conditions pour l'utilisation de cette convention sont :
 
  • 9+HL (avec 8H dans une main 4333 on passe)
  • Une majeure exactement quatrième (ou les deux, quatrième).
  • Notez qu'avec une majeure quatrième et l'autre au moins cinquième et 9+HL, on commence par un Stayman et non un Texas.

L'ouvreur répond :

  • 2        Pas de majeure quatrième
  • 2        Quatre cartes à
  • 2♠        Quatre cartes à ♠
  • 2SA      Les deux majeures quatrièmes

Savez-vous qu'il existe de nombreuses variantes au Stayman original ?

Une qui nous semble intéressante s'appelle le 2♣ "Stayman faible".
En voici une des sous-variantes dont les conditions sont :
  • Conditions du Stayman habituel (voir plus haut) ou bien (faible) :
    • 0-5H
    • Les deux majeures (au moins) quatrièmes
    • Idéalement, un main 4450 (chicane ♣)

L'ouvreur répond :

  • 2       Pas de majeure quatrième
  • 2       Quatre cartes à et peut-être quatre cartes à ♠
  • 2♠       Quatre cartes à ♠ et évidemment pas 4 cartes à coeur...
La suite est quasi identique au Stayman classique.
Evidemment, si le Stayman est réellement faible, le répondant passe sur l'enchère de l'ouvreur !

Ebauche en cours :

Lors de vos premiers cours de bridge concernant le plan de jeu du déclarant, vous avez entendu parler de la "main de base" : en contrat à la couleur, c'est la main qui contient le plus d'atout. Généralement, c'est la main du déclarant, mais c'est parfois celle du mort. On parle alors de "main de base au mort" et non, comme certains le confondent souvent, la technique du mort inversé".

La technique de la coupe de perdantes de la main courte en atout est parfois abandonnée, pour une coupe de la main longue à l'atout : c'est cela la technique du "mort inversé", terme qui n'est peut-être pas bien choisi pour l'occasion, mais on s'en tiendra à cette définition.

Quand il y a de gros atouts du côté court et moins du côté long à l'atout, pensez alors au "mort inversé"

Voici deux exemples :

Contrat 6 ♠                                                Contrat 7 ♠
Entame Dame de ♣                                    Entame Roi de ♣ 
 
Nord                                                         Nord
♠  R V 10                                                   ♠  R 10 9
  A V 5 2                                                    R 8 4 2
  A 4 3                                                        R 6
♣  A 8 6                                                     ♣  8 6 3 2
 
Sud                                                           Sud
♠  A D 9 8 3                                                 ♠  A D V 8 3 2
  3                                                               A V 6
  R D 7 5                                                      A D V 5
♣  R 5 2                                                       ♣ -
 
Dans l'exemple de droite, vous comptez 12 levées gagnantes : six à l'atout et six dans les autres couleurs.
Si on défausse deux Coeurs du mort sur la troisième et quatrième levée en Carreau, on pourra couper Coeur au mort. Mais pour cela, il faut conserver un atout au mort donc ne tirer que deux fois Pique. Une distribution des atouts dehors 2-2 est donc nécessaire, mais dans les cas contraires, on peut se rabattre sur la "manoeuvre de Guillemard" (voir l'hebdobridge précédent).
Mais il y a beaucoup mieux, dans le cas où les atouts dehors ne sont pas 4-0 (10 %) auquel cas le plan de jeu décrit ci-dessus est à appliquer.
La meilleure technique : un mort inversé !
Il "suffit" de couper (maître) quatre fois Trèfle de la main longue à l'atout : on réalisera alors 4 levées de coupe, 4 à Carreau, 2 à Coeur et les 3 atouts maîtres du mort.
Déroulement : Couper l'entame de l'As, Pique pour le 9, Trèfle coupé de la Dame, Pique pour le 10 (les atouts sont 3-1), Trèfle coupé du Valet, Carreau pour le Roi, Trèfle Coupé du 8. Puis Coeur pour le Roi, Roi de Pique pour terminer la purge, As de Coeur et As, Dame et Valet de Carreau.

 

Dans l'exemple de gauche, un mort inversé est ici aussi préférable à la coupe Carreau de la main courte (ou trouver les Carreaux 3-3).
Il faut donc planifier de couper trois fois les Coeurs de la main longue.
 
Retenez surtout ceci : le mort inversé ne fonctionne que si la main courte à l'atout fini par devenir plus longue à l'atout que l'autre !
 

Le B.A. BA des plans de jeu vous enseigne de couper généralement les perdantes se trouvant dans la main longue à l'atout, de la main courte à l'atout.

Quand les atouts sont répartis irrégulièrement entre les mains des adversaires, et qu'il vous est possible de débarrasser les atouts de l'un des deux, l'atout restant dehors n'étant pas maître, pensez alors à la manoeuvre de Guillemard.

Ce brave homme dont je n'ai pas retrouvé la trace a donné son nom à cette technique. Un petit exemple vaut mieux qu'un long discours :

Contrat 4 Pique, entame Roi de Trèfle

Nord
♠  V 3 2
  A D 4
  V 6 5 2
♣  9 6 3
 
Sud
♠  A R D 5 4
  R 8 5 3
  R 8
♣  A 5
 
Assis en Sud, et avant d'appeler une carte du mort, même s'il vous paraît évident de dire "Trèfle" (ce qui règlementairement signifie "Petit Trèfle"), vous faites votre plan de jeu : la main de base étant celle de Sud, vous avez une perdante Coeur, deux perdantes Carreau si l'As est en Ouest et une perdante Trèfle.
Si vous tirez trois tours d'atout, vous devrez espérer les Coeurs répartis 3-3 (36 %) ou l'As de Carreau en Est (50 %).
La manoeuvre de Guillemard consiste à tirer deux tours d'atout, et espérer que le dernier atout se trouve dans la main comportant quatre cartes à Coeur.
On prend donc l'entame de l'As de Trèfle, deux tours d'atout par As, Roi, puis défilé des Coeurs. Si le dernier atout se trouve dans la main détenant quatre Coeurs, c'est gagné : on coupe le dernier Coeur du Valet de Pique maître, effaçant ainsi une des quatre perdantes.
Maintenant, si Coeur est coupé à la troisième levée Coeur, c'est un prêté pour un rendu, puisqu'on pourra toujours couper le dernier Coeur au mort, et on devra alors se rabattre sur l'expasse à l'As de Carreau.